Je l'avais au bout de la langue...

C'est qu'on dit quand on cherche un mot, un souvenir, une expression qui nous échappe : je dépose ici ce qui a trait aux matériaux de construction de ma petite maison d'écriture. lettres, mots jeux de mots ou même contrepets, expressions, verbes antiverbes et proverbes.

Le coeur des mots

Les mots s’amusent et je les vois danser, nus, sous mes doigts. Le regard vient les habiller. Et les images s’empilent, parfois s’articulent et se nouent en imbroglios que seule l’inspiration parvient à démêler. Les mots s’amusent et je ne peux les dire...

Les mots sont des fleurs... 

Pour les humer, fermer les yeux et recevoir ce que l’inouï sait glisser dans le moindre geste imaginé.

Les mots sont des fruits.

Leur goût s’amplifie sous le fouet des regards qui s’accrochent, en s’étreignant parfois, dessus, dessous.

Les mots sont des bombes.

En mille éclats irisés, ils explosent au coeur du monde et marquent les hommes dans leur chair.

Les mots sont des parfums.

Du champ de conscience qui se dessine en impressions mouvantes, émerge peu à peu, improbable et fragile, un sens caché qui se révèle en lignes de force et traverse le miroir pour éclore dans le décor.

Les mots sont des rasoirs. 

Tranché et tranchant, chaque mot désigne et délimite une partie de l’univers qui, sans lui, demeure dans les limbes de l‘innommable ou de l’ineffable, selon l’humeur du temps.

Les mots sont des secrets.

Chacun cèle une image: scène rare et précieuse, à peine élaborée, déjà passée, scène qui jamais ne se laisse capturer... scène qu’on espère tout au plus, apprivoiser.

Les mots sont des caresses.

Guettés d’un épiderme tendre, les mots qu’on vole au voisinage d’un dialogue coquin viennent adoucir une solitude qu’on sait irrémédiable et salutaire.

Les mots sont des enfants.

A peine nés de moi, ils grandissent, m’échappent et me deviennent étranges, ils me séduisent en me signifiant leur naïveté et je les sais intouchables. Ils me trahissent et menacent de devenir mon ultime soutien.

Les mots sont des nuages.

Ils passent et changent au gré de l’atmosphère, tantôt gris, tantôt pourpres, ensoleillés ou orageux, ils s’effilochent tout en faisant couler larmes et humeurs.

Les mots sont des creusets.

Athanors de toute humanité, ils distillent allègrement le maigre résidu des désespoirs que laisse derrière elle la conscience de la mort et l’angoisse de perdre ceux qu’on croit aimer.

Les mots sont des flammes.

Ils peuvent embraser l’humide étoupe et tirer d’un sentiment vulgaire un joyeux incendie :Purificateurs dans l’après coup.

Les mots sont des baumes.

Apaisant la douleur du trop violent oubli, ils réparent les rubans de la chaîne unissant les enfants. Ils disent enfin l’amour en lui donnant l’éclat exubérant qu’aucun orgasme jamais n’égale.

Les mots sont des abîmes.

S’y pencher, c’est s’y trouver à ce point attiré qu’on y plonge et s’y perd en vertige infini, qu’on s’y écrase tout au fond d’un noir que ne percera jamais aucun rayon.

Les mots sont des navires.

Ils emportent en roulant le rêve et les tonneaux, et gagnent le large, cinglant sous le vent, glissant dans la brume ; ils vont ailleurs.

Les mots sont des ventres.

On y pose la joue avant d’y pénétrer, tout en se souvenant qu’on y fut bien au chaud. Ils sont attente et promesse, et source d’inattendu : de vie.

Cerf volant

A lui seul ce mot est un poème.

Qui est capable de voir le cerf voler

D'en nommer une peau qu'il a confiée au vent,

Celui là peut grandir à volonté,

Peut oublier son cerveau lent,

S'affranchir de sa ration de rationnel

Et gagner les hauteurs chatoyantes

Des aurores boréales,

De l'amour et de la sagesse.

Joie

 

Je rends grâces ici

Je me réjouis

J'entends, je vois

Ici et là,

L'air et le feu

Le blanc le bleu.

Le noir et blanc

Le noir est blanc !

 

L'enfant sourit

L'enfant pleure

L'enfant grandit

Et viennent les bonheurs

Famille, maison, mari...

Sourire et bonne humeur

De joie mon cœur s'emplit

 

Petite pluie

 

Devant notre maison

La bruine brouille l'horizon

Dans mon cœur au contraire

Tes yeux noirs éclairent,

Hauteurs chatoyantes

Aurores boréales,

Entrelacs mouvants émouvants

D'amour et de sagesse.