Contrainte : ajouter un vers à chaque strophe.

1.Petits bonheurs sans rime ni raison.

 

2. Il est bon d’être aimé, de savoir que là-bas

Une pensée vous suit, qu’elle vous a trouvé.

 

3. Il est doux d’exister pour quelqu'un,

D’être pour l’autre un vrai mystère

Comme il l’est pour soi-même.

 

4. Il est si bon de guetter ses signes.

Il est si doux d’attendre

Le moment suprême de la parole

De l’autre qui enfin dira oui.

 

5. Qu'il est bon qu'il est doux

De savourer enfin ces moments partagés

Qui faisaient de l’attente en bonheur.

Il est doux, il est bon de ne plus attendre

Et de plonger dans l’instant.

 

6. Comme on se jette avec volupté

Dans l’eau pure de la source de vie,

Dans l’onde de fusion qui précède et suspend le temps,

Il est si doux, si savoureux d’aimer 

Que rien n'en peut effacer la trace,

Même si tout passe et meurt un jour : l'amour marque à jamais.

 

 

Containte : le premier mot devient refrain

 

 

De Solo à Trinité

 

Solo

Comment va le monde ?

En mon for intérieur, la tempête fait rage

Et les vents ravagent les sourires.

Le monde fait naufrage.

Solo

Je vogue comme je peux et je sens qu’il faut tenir juste un peu

La barre de l’azur simplement : voir la lumière

Et doucement chantonner pour que le velours d’une voix

Enveloppe et protège le signe trop ténu d’une improbable humanité.

Solo

Je navigue trop solitaire entre loosers, traders et profiteurs,

Entre les errants sans boussole,

Les semeurs de mort violente ou douce,

Et les bolides qui forcent toute raison.

Solo

Je trace un pointillé de tous petits bonheurs insus,

Je les offre et je me les offre

Et j’en disperse la trace

Au fond de cet univers d’ignominie .

Solo

Dans l’insu, justement se tisse une trame

D’amitié ferme et tendre

Et d’amour sans marché

Pas coté : pas d’indice niqué.

Solo

Je peine en cet instant : l’innomé se débat

Au creux de ma chaloupe

Et son cri contenu

Voudrait tant s’échapper : Amour, y es tu ? Etre, es-tu là ?

Duo ? Trinité ?

 

 

Contrainte : commencer chaque strophe avec la même phrase

Testamentaire

Si je devais mourir demain j’aimerais…

Avant de rendre le dernier soupir, connaître la gaieté d’un sourire, la lumière d’un baiser, la finesse d’une étamine, la douceur d’un astrakan qu’on effleure, la chaleur de l’été humide dans le profond mystère du tropique offert au soupir de la plume légère.

Si je devais mourir demain je dirais…

Merci ma belle tourterelle, pour ton envol et ton duvet, pour ta guitare et ton compas, carte du tendre en chocolat. Merci de fredonner  bouche fermée belle chanterelle sous mon archet. Merci d’ouvrir si grand les bras, havre de paix pour mon esquif : douceur retrouvée.

Si je devais mourir demain je tracerais…

Sur le sable un jardin zen, avec les dents de ton peigne à cheveux. J’y mettrais la lenteur d’une révolution planétaire, l’infini d’un big bang, la force d’un grain de blé et la vigueur d’un flagelle de spermatozoïde. On y verrait le dérisoire devenir drôle, la terre cesserait de trembler pour jamais.

Si je devais mourir demain je donnerais…

La main au tout petit enfant qui en chacun perdure. Je donnerais du vin au gosier du crapaud pour le changer en dragon merveilleux. Je donnerais le la au grinçant ressort de la pendule du salon pour qu’elle cesse de fausser l’harmonie des chants que nous tentons chaque soir.

Si je devais mourir demain je sèmerais…

Un grain de blé pour chaque caresse échangée, ce qui suffirait à nourrir tous les enfants du Sahel. Je sèmerais la zizanie tonitruante parmi les pisse-froids et les jean foutres qui serrent leurs maigres fesses quand l’amour ne porte pas de culotte.

Si je devais mourir demain je boirais…

A la fleur de capucine qui procure une douce ivresse à l’audacieux qui s’y désaltère. Je boirais coupe après coupe en ton calice, et sans malice, y dormirais, enfin posé, calme et fou. Je boirais une dernière fois et je dirais

Je ne veux pas mourir

Ni demain

Ni jamais.

Et puis, je mourrais.

 

Contrainte : chaque strophe est un jour de la semaine

Première semaine

 en rythme et avec la musique des sons alexandrins... presqu'orientale!

 

                        D'une semaine à l'autre, un iota peut varier,

                        Et ce nouveau lundi me trouve abandonné.

                        J'explore sans plaisir un tréfonds d'amertume

                        Avalé de travers, et de ce jour l'écume

                        Arrache à mon plexus un hoquet ravageur.

                        Oui, c'est vraiment lundi, j'en conçois bien l'horreur !

 

                       L'alexandrin taquine, avec son hémistiche

                       Un esprit baladeur avide d'acrostiches.

                       Mardi: j'attends demain. Et je pourrai donner

                       Les produits de ma plume à qui me fait damner...

                       Mais ce verbe exagère, il faudrait l'adoucir

                       Voire le remplacer: disons plutôt "frémir".

 

                       Mercredi fond sur moi, et l'objet du désir

                       Exposé au regard, me défie sans pâlir.

                       Soleil et fleur de miel, arabesque, harmonie:

                       Tout d'elle est ravissant... et m'en voilà marri.

                       Je rêvais d'un dialogue: il faudrait être deux,

                       Se parler à distance et partager le jeu...

 

                       Le jour s'écoule et meurt, en mesure en musique

                       Il renaît: c'est jeudi. Sa présence magique

                       Fait émerger le signe au détour d'un regard.

                       Le geste de douceur, le fin, le beau, le rare

                       Ce qui se peut tisser en mains bouches et peaux

                       Laisse advenir enfin le plus chaud des halos.

 

                        Fidèles à vendredi, il nous faut vénérer:

                        Les forces et les ombres, l'amour et ses degrés.

                        Le premier si fragile: battement de paupière,

                        Et le second si doux, de phalanges légères...

                        Trois degrés de baisers couronnent l'escalade

                        Et le ciel étoilé précède la chamade.

 

                       Samedi plonge aux nues; le haut redevient bas.

                       Bas lisse et sans couture, et le temps se rabat.

                       Le miroir assombri qui soudain s'illumine,

                       Me reflète une image où les rides s'affinent

                       En grimaçante horreur. Cloué au pilori

                       De mon voir intérieur. La vie se rétrécit.

 

                       Pourtant après la pluie, survient parfois dimanche

                       Et son petit cortège de rires et de pervenches...

                       Parfums et vins mêlés radoubent l'édifice

                       De mon for intérieur. et foin des maléfices !

                       La fête est là, buvons ! Déjouons les rigueurs

                       En les noyant soudain d'un trop-plein de liqueurs.

 

Deuxième semaine sans rimes ni raison...

 

Il est de doux et de rugueux lundi.

Parfum suave, vent de mots, voix de songes...

L'air qui roule entraîne les couleurs, découvre un sourire.

Quelques secondes à pincer sur la corde du temps:

Mes jours s'écoulent en fagots.

Tout se décale, et les repères détricotés volent ou flottent.

 

J'aime les petits instants du mardi:

caresses de hasard au creux des renoncements.

La sève d'un iris bleu inonde mes racines

de culpabilité mêlée d'indulgence végétale. Arborescence...

Je me sens rafraîchi par un grain de peau qui s'offre presque,

Corps défendant souffle suspendu.

 

Soupir du vent le mercredi,

il suffirait d'une haleine de réglisse...

Je me sens balancelle et je deviendrais chat.

Oui, je saurais passer le divin message

que les enfant connaissent et oublient en quittant l'innocence.

Je deviendrais Mercure et révélerais tout.

 

 

Jeudi, duvet de mots, battement de cils.

Dans le labyrinthe, une Ariane dont je serais le fil,

va, s'arrachant à jamais aux résignations.

Et la dentelle des sons que découpe mille bouches affairées

ne pourra jamais recouvrir l'incessante production d'étoiles

de mes pensées sauvages... feux d'artifice et harmonie.

 

Vendredi déjà se profile: qu'apporte-t-il?

Amour, plaisir, humour, passion ?

Que dois-je modérer et qu'offrir à Vénus qui gouverne ce jour,

si je veux à la fois délivrer deux messages: libre et fidèle?...

Aimer sans contrainte. Même si chacun en sait l'utopie,

réalisons la quadrature du cercle à fleur de peau.

 

Samedi, la vie en tourbillon emporte les scories

et ne laisse que la délicatesse.

D'un jeu de paume au serment, il n'y aurait qu'un pas.

Mais la leçon de Saturne à l'amoureux déboussolé,

c'est qu'elle tourne, mon aiguille magnétique.

Ne pas trop se presser d'en suivre l'impérieux attrait.

 

Et le septième, se reposer... de désirer? impossible:

je me résigne à manquer, mourir un peu à l'immédiat,

envelopper dans l'inadvenu un baiser non donné,

envier la pulpe de mes doigts d'avoir connu l'effleurement,

et les maudire de n'avoir su se rendre sortilèges.

Attendre enfin demain: ne sommes-nous pas dimanche ?

Contrainte : à la manière d'Apollinaire

Apollinaire a écrit "Voisine": j'en ai aimé la rime.

Si Apollinaire avait connu ma boulangère,

il aurait pu écrire...

 

Vous dont je ne sais pas le poids ô Colombine

Mais dont je veux vêtir le corps assez puissant

D'un habit de paillasse à falbalas dansants

Sur vos formes arrondies que blanchit la farine

J'entrevois le seyant d'un caracot violine

 

En costume ainsi mise iriez vous à l'usine

Que l'on vous confondrait il soit dit en passant

Avec une princesse et parmi vos croissants

Vous siégez fièrement vous léchant la babine

De crème caramel à donner bonne mine

 

Solide comme un roc et le siège moelleux

Vous attendez debout le chaland qui dérange

Prête à la répartie le propos graveleux

On voit déjà d'ici son effarée trombine

En écoutant l'éclat des mots miraculeux

 

Qui font taire à tout coup l'effronté que démange

L'envie d'être souris vous lui sciez la branche

Madame des baguettes au pétrin fabuleux

La sorcière autrefois s'appelait Carabosse

Et moins que vous sans doute elle roula sa bosse

 

Et si Apollinaire avait connu Julie...

 

Quel mystère est scellé par tes yeux d'opaline

Quand ton regard échappe au jour en se baissant

Vers l'ombre de la nuit vers l'obscur saisissant

L'insondable question qui ploie ta nuque fine

Enveloppe en ses plis les nuances câlines

 

Qui jouaient sur ta bouche un air évanescent

Et compose à l'envers un silence dansant

Tes longs cheveux dorés ton allure féline

Ont sur le masculin cet effet saisissant

De susciter en lui mille pensées coquines

 

Souple comme un roseau au bord d'un grand lac bleu

Tu plies ton corps si fin qu'à la fin il se range

En un écrin de rêve au centre lumineux

Et du lac autrefois jaillissait une ondine

N'est-ce toi ce doux rêve au long corps sinueux

 

Si ce n'est toi du moins tu as l'allure d'ange

Qui sied à Mélusine et qu'aime Michel-Ange

Pour modeler ses formes au corps si fabuleux

Un sculpteur d'autrefois te créa  si divine

Que toute résistance est vouée à la ruine

Contrainte : avec un code qui change le sens...

Confidence d’un ornithologue

 

Voici un petit texte d'apparence anodine plus ou moins poétique...

 

Comme fétu de paille au sein d’un tourbillon mon âme se blottit et doucement tournoie : j’observe et j’écoute les oiseaux. Le vertige de l’amour et un désir ardent envahit tout leur espace. Et leurs chants délicieux peuple l’air du soir de mon entendement. Laissant sur le pré tous soucis, j’aimerais comme ces tourterelles, m’envoler et, échanger de chastes baisers sans penser à demain. Désirs et plaisirs assouvis, échangés, pudiquement exprimés dans les trilles d’une belle enfilade sonore qui dure à l’infini. Joie sauvage et totale des sons harmonieux, accordés à l’élégant mouvement de l’aile et de la queue qui plonge sans résistance dans l’air : formes parfaites des rémiges, beauté sobriété

Dans l’intimité chaude et le nid accueillant d’un plumage qui se laisse lisser par le bec délicat, inlassablement, encore et encore, toujours plus exigeant, pour donner à la plume toute son élégance. et enfin, jaillissant des tréfonds de leur gorge, un chant troublant et doux, faisant trembler poitrines et ventres, donnant tout le plaisir d’une nature innocente à mon oreille attentive. J’aimerais partager avec vous, avec toi ce bonheur que dame nature réserve à ceux qui s’éveillent sans tarder, le plus souvent possible, dès potron-minet : le monde appartient à qui se lève tôt.

 

...je le mets un peu en musique, coupant les lignes pour en harmoniser l'apparence :

 

Confidence d’un ornithologue

 

Comme fétu de paille au sein d’un tourbillon

mon âme se blottit et doucement tournoie : j’observe et j’écoute les oiseaux.

Le vertige de l’amour et un désir ardent envahit tout

leur espace. Et leurs chants délicieux peuple l’air du soir de

mon entendement. Laissant sur le pré tous soucis, j’aimerais

comme ces tourterelles, m’envoler et, échanger de chastes

baisers sans penser à demain. Désirs et plaisirs assouvis, échangés,

pudiquement exprimés dans les trilles d’une belle

enfilade sonore qui dure à l’infini. Joie sauvage et totale

des sons harmonieux, accordés à l’élégant mouvement de l’aile et

de la queue qui plonge sans résistance

dans l’air : formes parfaites des rémiges, beauté sobriété

dans l’intimité chaude et le nid accueillant

d’un plumage qui se laisse lisser par le bec délicat,

inlassablement, encore et encore, toujours plus exigeant,

pour donner à la plume toute son élégance.

et enfin, jaillissant des tréfonds de

leur gorge, un chant troublant et doux, faisant trembler poitrines et

ventres, donnant tout le plaisir

d’une nature innocente à mon oreille attentive. J’aimerais

partager avec vous, avec toi

ce bonheur que dame nature réserve à ceux qui s’éveillent

sans tarder, le plus souvent possible,

dès potron-minet : le monde appartient à qui se lève tôt.

 

Essaie maintenant de lire une ligne sur deux...

 

 

 

 

Contrainte : le dernier mot d'un vers devient le premier du ver suivant.

GRAND ERG 

Mon désert est un refuge.

Refuge peuplé de perles et de cristaux.

Cristaux liquides : larmes de rosée.

Rosée scintillante en voûte de grotte secrète et fraîche,

Fraîche et désaltérante, pure, rare, précieuse : larmes de vie.

Vie cachée foisonnante, invisible au voyageur pressé et aveugle,

Aveugle parce que pressé, ne sachant diriger ni ses yeux, ni son cœur.

Cœur du monde au soleil éclatant,

Eclatant dans l’espace infini des dunes, barkhanes claires et sable au vent.

Vent frissonnant en crêtes, et portant mille grains d’or piquants.

Piquant le peu de peau qu’imprudemment je lui laisse à toucher.