ici maintenant

L’amour n’est jamais pour demain 

 

L’année qui germe sous la poussière

De l’année dernière

Est déjà vigoureuse en son enfance

Tendre pousse de jeune bambou

Eclatée sous les frimas

Fines gousses de vanillier qui pointe en douce

Sous les palmes.

L’air est clair et chaud.

La vie foisonne et l’amour chante

Au cœur du monde qui pulse

Et bat en mesure verte.

 

Riant, tout clair, lèvres ouvertes et dents au vent

Ton visage s’offre au ciel.

L’œil limpide, le cheveu caressant,

Ton corps invite à la danse.

J’entends et j’attends.

La chair de poule me défrise les neurones,

Je suis à fleur de planète et mon envol imminent

Vers l’ombre de soie

Réjouit le chant du monde.

 

C’est de ta main que vient la pure douceur.

C’est de ma main que coule la lave du volcan.

Et nos épidermes frémissent à l’unisson.

Sous l’étoffe, tes courbes sculptent mon moindre geste

Et nos souffles se mêlent en composant la musique, l’air

Le plus fou et le plus doux des cinq continents.

Continent, j’ai cessé : jouissons

Du bonheur que l’instant donne au sage

 

Celui d’être ici, maintenant, totalement présent.

 

Présent

Le présent est multiple

C’est le moins qu’on puisse en dire

C’est d’abord l’ici maintenant,

L’évidence, si insaisissable et si fluide :

A peine connue, elle s’échappe vers le passé.

A peine désirée, elle devient future.

Et pourtant, c’est aussi un cadeau !

Je te remets ce présent.

La similitude de mot me plonge en ce moment présent

Dans la profondeur d’une démarche.

Je vais de mon allant, je suis attiré, désirant et mouvant, émouvant.

Oublieux du temps, et il m’échappe ce cadeau que la vie ne tend

Qu’une fois chaque instant.

Heureusement, une fois encore passe l’instant et vient l’instant suivant….

Mais alors, le présent de la vie n’est pas celui du précédent

Et si par malheur je restais attaché à mon désir ancien

Alors tant pis : le présent n’est pas pour moi

Et la vie ne me fera pas ce cadeau, ce présent que pourtant

Elle me réservait à moi seul : à celui en tous cas capable de vivre au présent.

Mon présent : je suis désir et souffrance,

Je suis amour et don,

Je suis muscles et douleurs,

Je suis humble et fou d’orgueil

Je suis minuscule et omnipotent

Je suis mortel

Et seul le présent m’en préserve.

Mettre le passé à sa place

Une note sombre dans un océan d'optimisme ?

 

Un jour, la trahison surgit dans ma vie bien rangée:

Mes chers amis d’hier…

J’ai le cœur qui sèche comme viande en cheminée

Sous les courant d’air tiède, ou moite, ou glacé,

De l’indifférence sucrée,

De l’indifférence aigre,

De l’indifférence froide.

J’ai le cœur à ne rien dire

Je m’éteins peu à peu dans l’air épais du soir.

Je laisse passer l’air entre les pieux regards

Des gros yeux bienveillants sur les joues rubicondes,

Des rots et des soupirs, trop pleins de suffisance.

Je cherche un sens en vain parmi la surabondance de vains mots.

J’étouffe et je me tourne enfin vers d’autres sources.

Décillé.

Mes ex-amis… je leur parlais, et brusquement silence,

Silence absolu, silence radio.

Silence !!!

Comme dit le garde …Chiourme ? oui, garde chiourme.

Ils n’ont que liberté à la bouche et fers aux pieds,

Ils disent le bien mielleux et distillent en leur cœur

Le pire fiel, la quintessence des maux : ils se croient bons !

Et cultivant, benoitement leurs pauvres certitudes

Ils frottent leur menton et vomissent la vie.

Aucun courage, sauf brandir l’épée de pacotille

Dont ils se sont dotés pour avoir l’air noble,

Pourfendre l’autre enfin, demeurer entre soi,

Que nul ne trouble l’ordre et la bienséance,

Qu’à jamais la parole demeure vide et terne !

Sans quoi le monde sur ses bases risquerait de trembler

Compromettant le lourdaud équipage d’une vie de faux semblant.

Mes chers amis d’hier, vous êtes pitoyables

Et tout confits d’orgueil dans votre certitude,

Rassurez-vous bien, surtout ne craignez pas :

Vous n’êtes que lourdauds.

Il n’arrivera rien dans votre pauvre vie

Parsemée d’étroitesse,

Ignorance et lâchetés.

Il n’arrive jamais rien à ceux qui sont pétris de certitude.

Car s’il leur arrivait de douter,

D’imaginer, de désirer,

Alors ces doutes et ces désirs

Ouvriraient un champ nouveau

Un chant nouveau, parler, chanter sans déchanter.

Echanger quelques mots.

Et la langue ici retrouverait son sens.

Mes chers amis d’hier :

Vomissons, vomissons, vomissons !!!

Sur le reniement qu’implique un tel rejet

Pour des âmes soi-disant nobles

Et qui ont fait vœux de justice et de lucidité.

Et que la vie continue pour ceux qui l’aiment, tout simplement.

 

 

Le temps n’est plus

L’inouï jaillit du vide ambiant

Sous forme d’un trait de cil

Fil de regard noir

Et la paupière se la coule douce. Pouce ! Je plonge

Sans poing sur mon nez qui pourtant coule

Maboule de l’air qui tourne

Et tourneboule ma boussole folle.

Il s’emballe, désir cavale de vif argent sur peau musquée

Sans un instant de répit

Renaître en vain, mourir de rien.

Le temps n’est plus : c’est suspendu qu’il me regarde

Et je le nargue du coin d’une caresse

Et je le refile au vent d’autan d’un coup de langue

Et j’en découpe la vieille lame d’un seul mouvement de joue sur

Les soleils du monde

Sur le corps amarré au radar du filet de ma voix.

Puissant fumet de lèvre et civet de rondeur

Je me plie sans pudeur à tout supposé soupir, à toute absence de réticence

Je vis en avant, projeté sans but vers l’onde

Et l’impact permanent des membranes me dissout dans l’ineffable.

Le temps n’est plus.

Capucine en fleur emperlée de rosée

Sous ma langue frissonne

Epanouie soudain d’avoir trouvé la source.

D’un velours ou satin je la sculpte sans fin, encore à la racine,

Ouragan de soufflet de forge en alchimie profonde : il faut de l’oxygène

A la pompe palpitante qui me tient lieu de cœur et qui bat la mesure,

Pâme en posant la joue sur un monde inconnu de planète indigo

En joue la joue : ne tirez pas !

Sur les pétales.

Il est trop tard pour geindre mais pas pour gémir

Et dans un tourbillon se lève la clarté

Clair obscur de beauté

De la face aux yeux clos passe un mystère en forme de clin d’œil

Demi sourire de lune brune.

Revient l’envers du jour : il faut se réveiller

Quand le songe a pris fin

Reste la courbature

Et l’araignée du matin dans l’aube grise.

Ne garder que l’effleure et l’effluve, l’instantané tout bon

Juste un soupir de vie

A peine capté, déjà passé souvenir :

Vague déferlante, images et sons, ralentis de corps imprimés

Dans tous les muscles

Armature amoureuse en vieil or souterrain.

Le temps n’est plus.

Pourtant, pour temps donné, instant volé au temps contraint

L’évanescence prend fin soudain

Prend corps enfin, dessine un lien ténu, cordon soyeux

Corps : don joyeux parfois repris

Aussitôt

Bien trop tôt, laissant panteler le débord au détour du vieux sentier.

Le temps revient

Et découpe impitoyablement les jours

Transforme la ronde en rondelles

Tronçonne l’ineffable, tranche le vif

Truque l’image et tue le rêve.

Ô Temps : j’ai tant besoin de ton absence !

Poussière d'étoiles

La vie s’écoule à l’envers.

Ce n’est que tard que j’en goûte les plus fines saveurs.

Instants de pur plaisir d’un oiseau qui sur le bord se pose,

D’un regard furtif et d’un sourire envolé,

D’une eau chaude et pure sur mes muscles endoloris…

Ce n’est que tard…

La vie pourtant renait, jaillit et pousse

Entre les pierres, parmi les ronces et la broussaille

Et j’en saisis la vraie vigueur, et la douceur épanouie

Dans la luminescence inattendue de la ceinture d’Orion

Et des myriades d’étoiles dont les noms inconnus submergent ma lenteur :

A l’envers la vie s’écoule.

Il me faudrait toutes les connaître

Pour en donner aux humains mes frères

La douce impression de joie et les nommer

Comme il se doit

Quand leur lumière me console de n’être

Que poussière.