Aura

Sensible et sans cible, j'erre en bleu et vert

parmi les pâturages, champs cibles d'obus liquides

heureusement intermittents.

Mon entendement décline au fil des rayons dorés

qui chassent enfin la pluie de juin.

Le soleil levant, le vent, l'air et la lumière crue

dansent en rotative farandole de glisse,

ivresse sans suite de simple dérive verbale.

Il fait froid sous le poignet qui guide ma plume

et le carreau glace un avant-bras nostalgique d'étreinte douce.

Risible plainte d'alvéole agacée expectorant

le lamentable filet d'air recueilli aux lèvres

de l'être adoré dont l'ailleurs est déjà perceptible.

La harassante quête d'un autrui à portée de coeur

épuise la fleur de pensée que mon aura intellectuelle

secrète sans trêve, en flux tranquille,

telle une sève épanchée

de blessure de treille.

Et de temps en temps, un instant de tilt

accroche à la pathétique patère des cils longs et fins

d'un oeil de biche

une image à lire entre les signes.

Décrypter devient alors le délice du faune dont

la fourrure frise au contact électrostatique

d'étincelles bleutées sous les doigts.

L'énergie accumulée réchauffe avec tendresse

la courbe lisse d'un cou paré de dentelle soyeuse.

Il en émane un son si lumineux que j'adhère au secret

de ses modulations florales: Lorelei ou Seringa...

Des parfums de voix peuvent émerger l'inextricable,

et d'un touffu buisson peut s'envoler l'oiseau bleu du bonheur,

duvet d'émeraude jaillissant sous l'ardeur d'un cri

ferme et clair.

D'une jambe alanguie le pied rythme l'abandon

et fascine peu à peu le regard nonchalant

du promeneur somnolent.

Indicateur à l'heure du goûter, le bord d'un short

appelle en courbe exquise

un oeil passif qui sous l'effet de glisse,

allume un gyrophare de vie rieuse et fraîche.

Et la vie se poursuit, dans l'air calme du soir,

arène fine en sablier d'argent,

sous l'arche des tilleuls majestueux.

 

 

Ce soir

Espace clair et douceur d’ombilic

Sur face d’opale qui cache

Un trésor d’or

Fin

L’oiseau trace son signe

Infini :

Ton accent aigu

Qui doucement caresse l’ouïe

Et bouleverse toute résistance.

Il faut au moins tenter

Ce que les sens peuvent donner

Il faut enfin donner

Ce que les tentations promettent.

Ma bouche aspire à goûter

Les pétales d’une fleur en bouton,

A se désaltérer des détours d’un fleuve inconnu.

De cette source

Coule une harmonie.

Soupir ou cri ?

Ta parole est une clé :

Un mot et le monde change

Un son et le soleil

Irradie les entrailles

De la terre entière et

Je deviens

Volcan

Dont tu es le seul maître.

 

A repasser

Il pleut devant ma fenêtre

Il pleut sous mes yeux

La mélancolie tente une percée dans les bardes dermiques

De ma fausse carapace pachydermique

Eléphant d’une jungle en péril

Elle est faon d’une ville qui jazze

La pluie n’aura pas ma peau

Sa caresse toute lisse

Devra se contenter de me laver un tantinet

Des soupçons qui sournoisement

Empoisonnent mon quotidien

La pluie salée féconde mon jardin

Et l’eau glisse sur la vitre

De mon amère douleur

Amère douceur de la tendresse qui déborde un peu

Comme le lait sur le feu

Dont on ne sait que faire

Sinon la repasser (la tendresse)

Fer à repasser : un petit éclat de rire

Peut faire voler

A nouveau le fragile uhelem de mon désir de dire.

Et sur la surface lisse et chaude de la cuisinière à bois

Chauffe la vielle platine d’un autre âge

Avec elle on repasse

Les dentelles d’un amour

Qui semblait défraîchi mais n’était que froissé.

 

Clin d'oeil

La lumière poindra …

Un bras levé sous une cascade appelle aux rêves

Qui font surgir les désirs fauves d’un vieux tarzan

C'est ce mouvement qui ralentit

Le jeu de l’eau, des bulles et des myriades d’étincelles

D’un soleil fragmenté.

La planète s’interroge : exploser ou dépérir ?

Et le bras levé dans son harmonie de grâce, dans sa douceur d’invite

Repousse aux calendes la fin programmée.

Mon rêve prend forme peu à peu, il pousse comme un jeune bambou,

Rapide et vigoureux, vert et irrépressible,

Joyeux, innocent, audacieux, érotique et tendre, installé dans les tensions

Fermement orienté : tout !

*****

Tel était mon rêve, et je continue de le cultiver avec tout l’amour du jardinier pour une graine dont il ne connaît pas l’espèce.

Voile paradoxal

Il est de doux hivers qui en printemps se muent

Evoquant l'amitié et donnant de la vie.

La parole y fleurit, la joie y prend racine.

Et d'un visage aux yeux baissés

En demi-teinte clair,

Passe en douce un message

Dont aucune parole ne peut

Traduire vraiment l’attente.

Mystère délicat sur fond de chant de grillon :

Sa chanson qui se tait au moindre mouvement

Berce mon rêve et l’amplifie.

 

J’ai très envie de voir ce visage

Qu'un voile en le cachant met si bien en valeur.

Et je comprends enfin l'excessive pudeur

De la beauté-mystère aimant

Le joug terrible d'un interdit de voir,

Bravant les lois du temps, étrange paradoxe :

C'est le désir humain

De s’affranchir enfin de tous les esclavages.

Ni vu ni connu

J'aime les non-dit blottis au creux de l'oreille:

Deux doigts délicatement tirent

La laine sur un pied haut levé.

Chausse cheville et pétale de jambe au regard exposé.

A l'échancrure de jupe si haut déboutonnée

Que l'innocence affichée se dément avec malice.

Un délice de peau se découvre,

Faisant chanter forme et couleur:

Je ne puis qu'en frémir...

Et le gentil sourire qui surligne un instant

Le trop fugace exposé de rayures

Sur tendre losange flou

Au centre d'une ligne de fuite

Que mon horizon voudrait sans limites,

Conforte l'intention de délivrer

Un muet mais éloquent message:

Paradis perdu de lagon bleu...

Comment répondre à ce qui ne se dit pas?

D'un bouquet de mots qui ne veulent rien dire,

Rien d'autre que ce que j'ai reçu,

Sans soupçonner un instant l'intention

Ni de l'envoyeur, ni du destinataire.

Juste un duvet de lettres qui volent

D'un instant à l'autre

Et se dissipent

Dans l'air du temps.

Plage

De ton visage entrevu, l’azur est éclairé.

Il s’ouvre lumineux sur un bel avenir

Que les nuages du temps rendent flou.

Flou et fou. En vagues sur le sable, l’océan scande un souffle

Eternel de beauté sauvage.

Vagues rebelles et ciel de feu au couchant doré.

L’espoir sautille dans le sable humide.

De longues jambes passent et strient la paix des sens,

Engageant l’œil vers quelque impasse.

La brise passagère flatte de son oxygène tonique

Un vieux ponton ensommeillé, envasé et trop calme.

L’algue ballottée embaume d’iode amer

Et gaiement ravageur un air de rigodon.

Quelques chiens interdits allègrement s’ébattent

Et bravent les regards des retraités grincheux.

Des enfants bâtissent sans peur leur forteresse éternelle

Que la marée déjà mine sournoisement.

Et quand tout est à refaire,

La joie sauvage de la table rase

S’installe dans les cœurs :

Et la parole du photographe me revient en mémoire,

Lui qui toujours répond :

« Mon meilleur cliché ? Celui que demain je prendrai… »

Providence

Providence

C'est ainsi qu'on l'appelle, celle

qui jamais ne dira non

Quand un garçon gentiment demande

Un gros câlin, un baiser coquin,

Ou l'amour fou jusqu'à demain.

Et c'est vraiment la providence

qui la mettra sur ton chemin.

Tu te sens triste? Dis-le lui:

en t'écoutant, elle t'embrasse

et te rend gai. Tu te crois laid?

Son "oui" te hisse au rang

des apollons qu'elle a tenu 

entre ses bras et contemplé

tout comme toi. Timide ou fier,

elle ne fait pas la différence

Elle n'exige pour te dire "oui"

que ton sourire et ta certitude:

avoir vraiment besoin d'elle,

vraiment très fort, là, tout de suite.

Providence se donne à toi

plaisir tout simple et bras ouverts,

elle te donne son bonheur

de se donner et te délivre

 des ridicules entrechats

de cour et culpabilités.

Providence danse sur l'amour

comme une noix dans l'eau

qui bondit sur les pierres

et glisse vers la vallée.

Elle dessine un art d'échanger

qui n'était plus depuis l'éden

et qu'elle seule a retrouvé

aux tréfonds de son coeur

et de son ventre si doux, si chaud

qu'il parfume et enchante

Le monde béni qui a la chance de la connaître.

Visu-elle passion...

C'est le spectacle aujourd'hui d'un double voile hésitant

qui pimente mon voir et capte puissamment

mon regard friand d'harmonieuse beauté.

De rondeur fuselée en losange flou, la peau laisse place à la soie,

légère certes, mais trop présente encore.

Et les superpositions d'humeurs découpent une délicate perspective sur l'après,

sur les coulisses d'un exploit si sereinement,

si innocemment accompli: laisser voir l'invisible en persuadant qu'on le cache.

Et par la grâce d'un coup d’œil, instantané d'azur,

d'un jour le vide choit, laisse place au vecteur

d'un sens possible.

La vision fugitive embrume un peu mon acuité,

et j'y perds un latin déjà bien entamé.

La nuit qui vient remue le voir et souffle sur ma braise.

Le noir a remplacé la peau.

La provocante pudeur substitue son appel feutré

à l'innocente exhibition: solitude en barbelés.

Les mots s'écaillent et les regards se figent.

Il fait froid sur ma bouche.

La force éruptive qui couve de toute éternité

sous la croûte de civilité patiemment décantée dans la marmite

de mes impulsives béances, cette irrépressible douleur

de n'être que moi, s'exacerbe alors.

De mes horreurs jaillissantes, je me sens devenir cratère.

D'un feu nourri, concentré bouillonnant de passion débridée,

mon cœur est submergé, et le voici trempé, tel l'acier d'un glaive,

masse d'arme emportée dans la vertigineuse giration d'une spire éternelle.

J'aime le cosmos, mais je ne suis même pas un astéroïde...

L'absence est source vive de manque.

Elle brise les mots naissants, triture les sourires.

Les miroirs l'amplifient.

L'absence n'est pas l'attente: elle est un vide sans contours, un cri muet.

L'absence m'annihile.

Seule les arches de doigts jetés par-dessus l'interdit des silences

m'aident à traverser l'absence.

Seul, l'archet de ta voix fait vibrer le rappel

de ce que tue l'absence.